samedi, décembre 24, 2005

terre [dimensiomètre]

terre
un cri
une étendue devant
des oiseaux marins s'affairent
j'entends leurs cris résonner
j'en ressens l'écho jusque dans mes os
les autres manoeuvrent sur le pont
le temps ralentit
l'étendue derrière
une nostalgie
mer

vendredi, décembre 23, 2005

la scène ou le crime

la maquette le dictionnaire
l'encyclopédie le porte-plume
la poussière le globe terrestre les rideaux rouges
le coupe-papier le fauteuil noir
la pile de papiers la machine à écrire
la boîte de courriers en attente
la pendule
le téléphone débranché
quel acte quelle matière

mercredi, décembre 21, 2005

Arial balade

parmi les amas des jours d'avant et les objets divers épars
un espace sur la table attire le regard
petit papier quadrillé pas encore annoté
carré blanc qui fait écran image de
la consience à l'instant statique
l'apnée devient satanique
quand la mémoire lente au repos
s'octroie l'attrait du vide

plume d'acier petite pointe de feutre frottant
bille de métal roulante cliquetis de clavier
marche de l'écriture bruissement de papilles
je respire comme je marche
le pas au rythme de la ville calme
hémorragie de sens blessure quotidienne
origine masquée dans un souffle primitif
les pieds endoloris mais soulagés par
une noisette de crème
circulation des mots globules noirs et blancs
propulsés par le battement irrégulier d'une tempe
sur un visage crispé surmontant un corps essoufflé
tirant à ses épaules toutes les courbatures
l'essence lactique fermentée à l'intérieur des doigts
accrochés suspendus rieurs et frénétiques

une simple parole formulée à l'intérieur de soi
mesure sa démesure fulmine d'épouvante
contre la brique noircie
les piles de béton les trottoirs les pilônes
et les fils électriques
la matière éclectique défile
comme le papier sous la menace d'une plume
le goudron la pierre le linoléum
la moquette le plancher
la terre compacte des chemins étroits
les déjections les graviers
quelques brins d'herbe verte
et des feuilles brunes jaunes écarlates éclatantes
éclaboussées par un pas claudiquant
claquant dans une flaque

puis la marche s'estompe dans les pensées vagabondes
qui effleurent de leurs yeux l'espace familier
et son agitation de fourmilière
la scansion des panneaux criant

des slogans litaniques rythme le regard abasourdi
par des poses de femmes fun et alanguies
à la cool attitude
un avion passe à basse altitude
le feu des piétons passe au vert

puis l'homme qui marche rassemble ses membres
écartelés par le langage
laisse reposer sa main dans une ultime hésitation
et se demande qui de l'espace ou de l'homme
préside à cette scène si esthétique et délectable

dimanche, décembre 18, 2005

ma nouvelle nuit

j’écarte comme un rideau les brumes d’une insomnie diurne
j’adopte l’adoption du nouveau point de vue
des musiciens sur une scène jouent leur morceau
en le faisant durer
un rideau a pris feu on sent dans la salle
l’impression d’une panique naissante
les musiciens continuent de jouer
à tout hasard
je franchis les dunes d’une journée sans éveil
et j’assiste au dernier concert d’Arthur H.
qui passe sa dernière nuit à New York city
c’est moi dans mon costume argenté
chemise ouverte au col
qui chante sans connaître les paroles
ma dernière nuit

samedi, décembre 17, 2005

poème d'hier

demain j’écrirai un poème d’hier

jeudi, décembre 15, 2005

dimensions

grain de terre

une tige

là une grille de caniveau
ici des feuilles jaunes orangées marron
tout près quelques mégots de cigarettes
au milieu des papiers humides et sales
au bord d’une flaque

un réverbère s’élève à droite
un boîtier EDF précède une armoire de La Poste
on aperçoit les boîtes aux lettres les buissons les grilles
et à gauche, les voitures garées
levant le nez, on s’arrête devant les vignes vierges rougies par la saison
qui grimpent jusqu’aux toits rénovés
cette maison n’a pas de vigne mais un crépi de mauvais goût

c’est à moi de passer

bonjour, madame, deux baguettes, s’il vous plaît.

mercredi, décembre 14, 2005

désordres

des ormes des aulnes
perchés sur les branches d’un rêve
me voient sorti de mes tiroirs
poids posé mot pesé pose récitée brique à brique
brindille après brindille
des sillons tressés des signes tracés
des citations cessées

mardi, décembre 13, 2005

galeries

il y eut il y a
c’étaient des quais tôt le matin
parmi des foules sans visage
c’était l’oubli c’était la mémoire
la familiarité des inconnus quotidiens

il y eut il y a
c’étaient des jours filés
à la vitesse de l’inattention
un flou où se ressemblent tous
où se distingue chacun

il y eut il y a
je chante la fourmilière la ruche la cité
ses corridors ses tunnels
et son agitation banale

lundi, décembre 12, 2005

flaques

arpentant les pavés dans une foulée permise par un seul et fort élan
je
semble immobile
je
s’amuse à rester fixe
je
arpentant les pavés dans une foulée permise par un seul et fort élan

dimanche, décembre 11, 2005

l'homme le paysage la géographie

dans l’étendue d’un paysage pour l’oeil inquiétant
l’homme se dit au milieu

au milieu d’un paysage inquiétant se tient un homme

dans l’étendue d’un paysage pour son oeil inquiétant
l’homme se dit “il”

si monde fuyant et monde non fuyant sont deux
l’homme les détermine

samedi, décembre 10, 2005

l'autre

immergé entre les choses
l’homme lève son stylo
avant d’écrire “je”

vendredi, décembre 09, 2005

le petit poème

l’incertitude
de la
baleine

jeudi, décembre 08, 2005

le verre

l’oeil a soif avant l’écriture
la plume a soif avant l’écriture
le papier a soif avant l’écriture
l’écriture a soif avant l’écriture
l’oeil la plume le papier l’écriture
la rime la mémoire la contingence l’écriture
la soif a soif ainsi des autres sens
le geste s’inscrit dans la démarche de la marche
des pleins et des déliés
de la respiration
donne une certaine idée
du
rythme
oscille à la façon d’une ultérieure lecture

mercredi, décembre 07, 2005

mardi, décembre 06, 2005

oracle féroce

j’enivre dans un corps aux métastases paranoïdes
que je chasse derrière moi
le secret périodique décante et déjà
j’ai les pupilles dans l’ébène
ce pourrait être un cartilage
c’est mon poison parodique à l’intérieur de la citation

lundi, décembre 05, 2005

oeil froncé

j’enfonce dans un corridor aux multiples portes
que je claque derrière moi
le sol pentu défile et déjà
j’ai les pieds dans l’eau
ce pourrait être un cauchemar
c’est mon pas pressé à l’intérieur de la conscience

dimanche, décembre 04, 2005

Arabesques

mollement étendue l’épaule nue mollement étendue l’épaule nue mollement étendue l’épaule nue mollement étendue l’épaule nue
ingénu visage se retourne en cillant ingénu visage se retourne en cillant ingénu visage se retourne en cillant ingénu visage se retourne en cillant

délicieux ciel figuré dans les interstices délicieux ciel figuré dans les interstices délicieux ciel figuré dans les interstices délicieux ciel figuré dans les interstices
des plis d’un drap des plis d’un drap des plis d’un drap
tapotant de ses doigts bagués tapotant de ses doigts bagués tapotant de ses doigts bagués
battements d’elle


mollement étendue l’épaule nue mollement étendue l’épaule nue mollement étendue l’épaule nue mollement étendue l’épaule nue
ingénu visage se retourne en cillant ingénu visage se retourne en cillant ingénu visage se retourne en cillant ingénu visage se retourne en cillant

délicieux ciel figuré dans les interstices délicieux ciel figuré dans les interstices délicieux ciel figuré dans les interstices délicieux ciel figuré dans les interstices
des plis d’un drap des plis d’un drap des plis d’un drap
tapotant de ses doigts bagués tapotant de ses doigts bagués tapotant de ses doigts bagués
battements d’elle

samedi, décembre 03, 2005

Discours

je suis le ténébreux, le veuf, l’inconsolé
et j’en assume les conséquences
c’est pourquoi je me retire définitivement
de la vie poétique

vendredi, décembre 02, 2005

épanorthoses

il étend de grandes feuilles de papiers
et s’assoit auprès d’elles
il regarde à l’intérieur de lui
ou plutôt il écoute
toujours ou presque les mêmes voix
ou plutôt les mêmes mots
il écrit et relit encore les même choses
ou plutôt il relit des choses si différentes
qu’il se demande s’il a bien écouté

jeudi, décembre 01, 2005

sentir

une pomme à la main
le poète écrit
le jus coule dans sa gorge

mercredi, novembre 30, 2005

revenir enivrer : inventaire

une ville
n’importe laquelle et dedans
un immeuble
peu importe lequel
à l’intérieur de cet immeuble
un appartement semblable à n’importe lequel d’entre eux
à l’intérieur
une pièce qui serait une chambre
et contre un mur
une commode
dans cette commode
trois tiroirs
dans l’un d’entre eux
un carnet

grise

gris

blanc

rouge et blanche
blanc
beige
beige
beiges

noir

superposer
je contemple une ville

mardi, novembre 29, 2005

les escaliers

par la porte d'entrée
par le soupirail

par l'incipit
par le dernier chapitre

par la lecture
par la récitation

par l'observation
par la déduction

par l'introduction
par la conclusion

par la naissance
par l'agonie

par la grande porte
par voie de traverse

emprunter
à tâtons ou fermement
tiens
le ciel
se couvre

lundi, novembre 28, 2005

Si un haïku m'était conté

saccades de l’orbe scrutateur
décomposant les éclats de nervures
reposant sur le limbe
comme une gouttelée suit le pétiole
il se fige au niveau de la tige

la paupière bat
le feuillage bruit

dimanche, novembre 27, 2005

pluie de pommiers

des pommiers bruissent
des pommiers chantent
des pommiers s’amusent
des pommiers dorment
des pommiers fleurissent
des pommiers courent
des pommiers patientent
des pommiers plient
des pommiers ne cèdent pas
des pommiers pleurent
des pommiers vont
des pommiers viennent
des pommiers écrivent
des pommiers s’envolent
des pommiers verts
des pommiers rouges
des pommiers chênes
des pommiers bouleaux
des pommiers récoltent
des pommiers se régalent
des pommiers tartes
des pommiers s’amusent
des pommiers étranges
des pommiers bruissent

samedi, novembre 26, 2005

instants

les minutes qui précèdent
les minutes qui suivent

décompte attentif attentant au temps
autant tirer les rideaux

les minutes qui précèdent
les minutes qui suivent

même couleur

les minutes qui précèdent
les minutes qui suivent

le
bref
temps
d’écrire

les minutes qui précèdent
les minutes qui suivent

homme regardant le sol
l’ombre tourne
homme regardant devant lui

vendredi, novembre 25, 2005

Walt Perse & Po

ll y avait parmi la pourpre des grands arbres unies dans une seule misère l'ombre et la lumière qui brandissaient au monde le sceptre de la pauvreté.
Il y avait parmi la foule des grands molosses unis dans un seul dessein un chien et une vieille dame qui brandissaient alentour le spectre de leur unité.
Il y avait parmi l'ombre et la lumière brandis dans une seule foule des grands molosses et des grands arbres qui unissaient leur dessein pour une vieille dame
il n'y avait rien que l'on puisse décrire ni rien que l'on puisse chanter
si ce n'est un bavardage égaré

jeudi, novembre 24, 2005

Prétexte

Tissus de lettres à concasser
Rumeur entonnée tamisée
Élection d’un grain plus fin
Mot court blond comme les mots
Image ou ironie moulin à paroles
Entonnoir à histoires

mercredi, novembre 23, 2005

mnemosia

commencer et commencer encore
entrer pour laisser prendre
corps ce qui au fil de l'écrit murmurera son
cri au sein d'un même souffle
ou dans les hachures de l'essoufflement
inscrire et souvenir la voix sans ton

crever le jute et soulager l'épaule
dans sa propre crispation
l'inscription dans le geste du corps
reproduisant sur la page
le diagramme immiscé de sa parole
respiration et passage d'homme

mardi, novembre 22, 2005

Lectures I

les passeroses comme roseaux
par le vent vont parlant

bras d’Aurélia tige de Paliers

les passeroses blanches
par le vent absent sans mouvement

bras de Nerval tige de plume
bras de Guillevic tige de papier
bras de qui d’autre rose blanche fil rouge

les passeroses comme roseaux
n’avancent pas vite

lundi, novembre 21, 2005

Systole

n’est-ce pas
n’est-ce pas
n’est-ce pas

le son

n’est-ce pas
n’est-ce pas
n’est-ce pas

le rythme

n’est-ce pas
n’est-ce pas
n’est-ce pas

le sens

n’est-ce pas
n’est-ce pas
n’est-ce pas

les battements d’une tempe

n’est-ce pas
n’est-ce pas
n’est-ce pas

l’infini

n’est-ce pas
n’est-ce pas
n’est-ce pas

la fin

dimanche, novembre 20, 2005

coup d'oeil

Tapotant de la mémoire sur le cadran du futurisme
j’observe par la fenêtre les points lumineux qu’une expression désuète appliqua
à la fée électricité
je ne me souviens pas qu’auparavant la nuit y était totale
je n’ai pas entendu dans le siècle chanter les chevaux dressés de l’automobile
je n’y ai pas vu ses désastres de mes propres yeux
d’une idée faire école et écrouler le monde en jouant avec elle
j’arpente les dangers flagrants de l’emportement universaliste
mais j’admire ce paysage de points lumineux
réinventant la silhouette des collines

samedi, novembre 19, 2005

De l'autre côté de

Vertige si je pointe cette ouverture vers quoi
Allumée vertige demandant quoi demandant
Si c'est l'intérieur ou l'extérieur
Ici ou l'iréel maintenant
Savoir si une fenêtre un miroir ce
Trou dans la nuit n'est-il qu'un
Abris un passage un abris de passage vers quoi ?
Se répétant sans cesser : qu'est-ce que c'est ?

vendredi, novembre 18, 2005

Lumière blanche

dans un troquet d'Orange
marron, le nez dans mon noir bien serré
j'écoute le patron me proposer d'un oeil beurré de noir

un blanc un rouge un sec
pour me rendre des couleurs


déjà gris des vertes années empilées au fond d'un verre de jaune

et de glace pilée
je décline lentement l'invite
opinant à l'horizontale
et demandant à mon bleu sur sa patère
qui tirera les marrons de leur feu