mercredi, novembre 30, 2005

revenir enivrer : inventaire

une ville
n’importe laquelle et dedans
un immeuble
peu importe lequel
à l’intérieur de cet immeuble
un appartement semblable à n’importe lequel d’entre eux
à l’intérieur
une pièce qui serait une chambre
et contre un mur
une commode
dans cette commode
trois tiroirs
dans l’un d’entre eux
un carnet

grise

gris

blanc

rouge et blanche
blanc
beige
beige
beiges

noir

superposer
je contemple une ville

mardi, novembre 29, 2005

les escaliers

par la porte d'entrée
par le soupirail

par l'incipit
par le dernier chapitre

par la lecture
par la récitation

par l'observation
par la déduction

par l'introduction
par la conclusion

par la naissance
par l'agonie

par la grande porte
par voie de traverse

emprunter
à tâtons ou fermement
tiens
le ciel
se couvre

lundi, novembre 28, 2005

Si un haïku m'était conté

saccades de l’orbe scrutateur
décomposant les éclats de nervures
reposant sur le limbe
comme une gouttelée suit le pétiole
il se fige au niveau de la tige

la paupière bat
le feuillage bruit

dimanche, novembre 27, 2005

pluie de pommiers

des pommiers bruissent
des pommiers chantent
des pommiers s’amusent
des pommiers dorment
des pommiers fleurissent
des pommiers courent
des pommiers patientent
des pommiers plient
des pommiers ne cèdent pas
des pommiers pleurent
des pommiers vont
des pommiers viennent
des pommiers écrivent
des pommiers s’envolent
des pommiers verts
des pommiers rouges
des pommiers chênes
des pommiers bouleaux
des pommiers récoltent
des pommiers se régalent
des pommiers tartes
des pommiers s’amusent
des pommiers étranges
des pommiers bruissent

samedi, novembre 26, 2005

instants

les minutes qui précèdent
les minutes qui suivent

décompte attentif attentant au temps
autant tirer les rideaux

les minutes qui précèdent
les minutes qui suivent

même couleur

les minutes qui précèdent
les minutes qui suivent

le
bref
temps
d’écrire

les minutes qui précèdent
les minutes qui suivent

homme regardant le sol
l’ombre tourne
homme regardant devant lui

vendredi, novembre 25, 2005

Walt Perse & Po

ll y avait parmi la pourpre des grands arbres unies dans une seule misère l'ombre et la lumière qui brandissaient au monde le sceptre de la pauvreté.
Il y avait parmi la foule des grands molosses unis dans un seul dessein un chien et une vieille dame qui brandissaient alentour le spectre de leur unité.
Il y avait parmi l'ombre et la lumière brandis dans une seule foule des grands molosses et des grands arbres qui unissaient leur dessein pour une vieille dame
il n'y avait rien que l'on puisse décrire ni rien que l'on puisse chanter
si ce n'est un bavardage égaré

jeudi, novembre 24, 2005

Prétexte

Tissus de lettres à concasser
Rumeur entonnée tamisée
Élection d’un grain plus fin
Mot court blond comme les mots
Image ou ironie moulin à paroles
Entonnoir à histoires

mercredi, novembre 23, 2005

mnemosia

commencer et commencer encore
entrer pour laisser prendre
corps ce qui au fil de l'écrit murmurera son
cri au sein d'un même souffle
ou dans les hachures de l'essoufflement
inscrire et souvenir la voix sans ton

crever le jute et soulager l'épaule
dans sa propre crispation
l'inscription dans le geste du corps
reproduisant sur la page
le diagramme immiscé de sa parole
respiration et passage d'homme

mardi, novembre 22, 2005

Lectures I

les passeroses comme roseaux
par le vent vont parlant

bras d’Aurélia tige de Paliers

les passeroses blanches
par le vent absent sans mouvement

bras de Nerval tige de plume
bras de Guillevic tige de papier
bras de qui d’autre rose blanche fil rouge

les passeroses comme roseaux
n’avancent pas vite

lundi, novembre 21, 2005

Systole

n’est-ce pas
n’est-ce pas
n’est-ce pas

le son

n’est-ce pas
n’est-ce pas
n’est-ce pas

le rythme

n’est-ce pas
n’est-ce pas
n’est-ce pas

le sens

n’est-ce pas
n’est-ce pas
n’est-ce pas

les battements d’une tempe

n’est-ce pas
n’est-ce pas
n’est-ce pas

l’infini

n’est-ce pas
n’est-ce pas
n’est-ce pas

la fin

dimanche, novembre 20, 2005

coup d'oeil

Tapotant de la mémoire sur le cadran du futurisme
j’observe par la fenêtre les points lumineux qu’une expression désuète appliqua
à la fée électricité
je ne me souviens pas qu’auparavant la nuit y était totale
je n’ai pas entendu dans le siècle chanter les chevaux dressés de l’automobile
je n’y ai pas vu ses désastres de mes propres yeux
d’une idée faire école et écrouler le monde en jouant avec elle
j’arpente les dangers flagrants de l’emportement universaliste
mais j’admire ce paysage de points lumineux
réinventant la silhouette des collines

samedi, novembre 19, 2005

De l'autre côté de

Vertige si je pointe cette ouverture vers quoi
Allumée vertige demandant quoi demandant
Si c'est l'intérieur ou l'extérieur
Ici ou l'iréel maintenant
Savoir si une fenêtre un miroir ce
Trou dans la nuit n'est-il qu'un
Abris un passage un abris de passage vers quoi ?
Se répétant sans cesser : qu'est-ce que c'est ?

vendredi, novembre 18, 2005

Lumière blanche

dans un troquet d'Orange
marron, le nez dans mon noir bien serré
j'écoute le patron me proposer d'un oeil beurré de noir

un blanc un rouge un sec
pour me rendre des couleurs


déjà gris des vertes années empilées au fond d'un verre de jaune

et de glace pilée
je décline lentement l'invite
opinant à l'horizontale
et demandant à mon bleu sur sa patère
qui tirera les marrons de leur feu